April 2009

CONVERSATOIRE DE POESIE

L’Ecritoire d’Estieugues vous invite à son troisième Conversatoire de poésie contemporaine samedi 9 avril 2009, à 10 heures 45 au Château de La Fargette.
Jean-Louis Kerangueven, membre des Ecrivains Méditerranéens et lauréat du Prix D’estieugues 2006, en est l’invité.
A l’issue de la présentation, un apéritif sera servi.

Monday 20 April

Café Philo "L'INDIVIDUALISME"

Le prochain café philo de l’Ecritoire se tiendra le Vendredi 17 avril 2009 à 20 h 30 à l’Hôtel des Voyageurs à Cours La Ville.
Philippe nous a préparé quelques textes pour réfléchir sur l’Individualisme :

Individualisme et holisme.
L’aperception sociologique s’opère contre la vue individualiste de l’homme. Conséquence immédiate : l’idée de l’individu fait problème pour la sociologie. Max Weber, chez qui l’aperception sociologique s’exprime sous une forme extrêmement indirecte, tant il est demeuré romantique, ou philosophe moderne, nous trace un programme de travail lorsqu’il écrit dans une note de son Éthique protestante (éd. all. p. 95, n. 13, trad fr., p. 122, n. 23) :
Le terme « individualisme » recouvre les notions les plus hétérogènes que l’on puisse imaginer… une analyse

radicale de ces concepts, du point de vue historique, serait à présent derechef [après Burckhardt] fort précieuse pour la science…
Pour commencer, nombre d’imprécisions et de difficultés viennent de ce que l’on manque à distinguer dans l’ « individu » :
1. L’agent empirique présent dans toute société, qui est à ce titre la matière première principale de toute sociologie.
2. L’être de raison, le sujet normatif des institutions ; ceci nous est propre, comme en font foi les valeurs d’égalité et de liberté, c’est une représentation idéelle et idéale que nous avons.

[…] deux configurations […] s’opposent immédiatement, qui caractérisent respectivement les sociétés tradi¬tionnelles et la société moderne. Dans les premières […] l’accent est mis sur la société dans son ensemble, comme Homme collectif : l’idéal se définit par l’organisation de la société, en vue de ses fins (et non en vue du bonheur individuel) ; il s’agit avant tout d’ordre, de hiérarchie, chaque homme particulier doit contribuer à sa place à l’ordre global et la justice consiste à proportionner les fonctions sociales par rapport à l’en¬semble.
Pour les modernes au contraire, l’Être humain c’est l’homme « élémentaire », indivisible, sous sa forme d’être biologique et en même temps de sujet pensant. Chaque homme particulier incarne en un sens l’huma¬nité entière. Il est la mesure de toutes choses (dans un sens plein tout nouveau). Le royaume des fins coïn¬cide avec les fins légitimes de chaque homme, et ainsi les valeurs se renversent. Ce qu’on appelle encore « société » est le moyen, la vie de chacun est la fin.

Dumont (Louis), Homo hierarchicus (1966), extrait de l’introduction.

Les problèmes que soulève la théorie moderne de la démocratie libérale sont […] plus fondamentaux qu’on ne l’a cru. Il nous est apparu qu’ils ne sont qu’autant d’expressions d’une difficulté essentielle - qui apparaît aux origines mêmes de l’individualisme au XVIIe siècle : celui-ci est en effet l’affirmation d’une propriété, il est essentiellement possessif. Nous désignons ainsi la tendance à considérer que l’individu n’est nullement redevable à la société de sa propre personne ou de ses capacités, dont il est au contraire, par essence, le propriétaire exclusif. À cette époque, l’individu n’est conçu ni comme un tout moral, ni comme la partie d’un tout social qui le dépasse, mais comme son propre propriétaire. […] L’individu, pense-t-on, n’est libre que dans la mesure où il est propriétaire de sa personne et de ses capacités. Or, l’essence de l’homme, c’est d’être libre, indépendant de la volonté d’autrui, et cette liberté est fonction de ce qu’il possède. Dans cette perspec¬tive, la société se réduit à un ensemble d’individus libres et égaux, liés les uns aux autres en tant que proprié¬taires de leurs capacités et de ce que l’exercice de celles-ci leur a permis d’acquérir, bref, à des rapports d’échange entre propriétaires. Quant à la société politique, elle n’est qu’un artifice destiné à protéger cette propriété et à maintenir l’ordre dans les rapports d’échange.

Macpherson (Crawford Brough), La théorie politique de l’individualisme possessif : de Hobbes à Locke (1962 ; tr. fr. 1971).

22. La liberté naturelle de l’homme, consiste à ne reconnaître aucun pouvoir souverain sur la terre, et de n’être point assujetti à la volonté ou à l’autorité législative de qui que ce soit ; mais de suivre seulement les lois de la nature. La liberté, dans la société civile, consiste à n’être soumis à aucun pouvoir législatif, qu’à celui qui a été établi par le consentement de la communauté, ni à aucun autre empire qu’à celui qu’on y reconnaît, ou à d’autres lois qu’à celles que ce même pouvoir législatif peut faire, conformément au droit qui lui en a été communiqué. La liberté donc n’est point ce que le Chevalier Filmer nous marque. Une liberté, par laquelle chacun fait ce qu’il veut, vit comme il lui plaît, et n’est lié par aucune loi. Mais la liberté des hommes, qui sont soumis à un Gouvernement, est d’avoir, pour la conduite de la vie, une certaine règle commune, qui ait été prescrite par le pouvoir législatif qui a été établi, en sorte qu’ils puissent suivre et satis¬faire leur volonté en toutes les choses auxquelles cette règle ne s’oppose pas; et qu’ils ne soient point sujets à la fantaisie, à la volonté inconstante, incertaine, inconnue, arbitraire d’aucun autre homme : tout démontre de même que la liberté de la nature consiste à n’être soumis à aucunes autres lois, qu’à celles de la nature.
95. Les hommes, ainsi qu’il a été dit, étant tous naturellement libres, égaux et indépendants, nul ne peut être tiré de cet état, et être soumis au pouvoir politique d’autrui, sans son propre consentement, par lequel il peut convenir, avec d’autres hommes, de se joindre et s’unir en société pour leur conservation, pour leur sûreté mutuelle, pour la tranquillité de leur vie, pour jouir paisiblement de ce qui leur appartient en propre, et être mieux à l’abri des insultes de ceux qui voudraient leur nuire et leur faire du mal. Un certain nombre de personnes sont en droit d’en user de la sorte, à cause que cela ne fait nul tort à la liberté du reste des hommes, qui sont laissés dans la liberté de l’état de nature. Quand un certain nombre de personnes sont convenues ainsi de former une communauté et un gouvernement, ils sont par là en même temps incorporés, et composent un seul corps politique, dans lequel le plus grand nombre a droit de conclure et d’agir.
96. Car lorsqu’un certain nombre d’hommes ont, par le consentement de chaque individu, formé une communauté, ils ont par là fait de cette communauté, un corps qui a le pouvoir d’agir comme un corps doit faire, c’est-à-dire, de suivre la volonté et la détermination du plus grand nombre ; ainsi une société est bien formée par le consentement de chaque individu ; […]

Locke (John), Second traité du gouvernement civil (1690), extrait des ch. IV, « De l’esclavage » et VIII, « Du commencement des sociétés politiques ».

Chacun pour tous, chacun pour soi. L’un, dit-on, exprime le principe sympathique ; l’autre, le principe indi¬vidualiste. Le premier unit, le second divise. Si l’on veut parler seulement du mobile qui détermine l’ef¬fort, l’opposition est incontestable. Mais je soutiens qu’il n’en est pas de même, si l’on considère l’ensemble des efforts humains dans leurs résultats. Examinez la Société telle qu’elle est, obéissant en matière de services rémunérables au principe individualiste, et vous vous assurerez que chacun, en travaillant pour soi, travaille en effet pour tous. En fait, cela ne peut pas être contesté. Si celui qui lit ces lignes exerce une profession ou un métier, je le supplie de tourner un moment ses regards sur lui-même. Je lui demande si tous ses travaux n’ont pas pour objet la satisfaction d’autrui, et si, d’un autre côté, ce n’est pas au travail d’autrui qu’il doit toutes ses satisfactions.
Évidemment, ceux qui disent que chacun pour soi et chacun pour tous s’excluent, croient qu’une incompatibi¬lité existe entre l’individualisme et l’association. Ils pensent que chacun pour soi implique isole¬ment ou tendance à l’isolement; que l’intérêt personnel désunit au lieu d’unir, et qu’il aboutit au chacun chez soi, c’est-à-dire à l’absence de toutes relations sociales.
En cela, je le répète, ils se font de la Société une vue tout à fait fausse, à force d’être incomplète. Alors même qu’ils ne sont mus que par leur intérêt personnel, les hommes cherchent à se rapprocher, à combiner leurs efforts, à unir leurs forces, à travailler les uns pour les autres, à se rendre des services réciproques, à socier ou s’associer. Il ne serait pas exact de dire qu’ils agissent ainsi malgré l’intérêt personnel ; non, ils agissent ainsi par intérêt personnel. Ils socient, parce qu’ils s’en trouvent bien. S’ils devaient s’en mal trouver, ils ne socieraient pas. L’individualisme accomplit donc ici l’œuvre que les sentimentalistes de notre temps voudraient confier à la Fraternité, à l’abnégation, ou je ne sais à quel autre mobile opposé à l’amour de soi.

Bastiat (Frédéric), Harmonies économiques (1862-1864), extrait du ch. XII, « les deux devises ».

J’ai fait voir comment, dans les siècles d’égalité, chaque homme cherchait en lui-même ses croyances ; je veux montrer comment, dans les mêmes siècles, il tourne tous ses sentiments vers lui seul.
L’individualisme est une expression récente qu’une idée nouvelle a fait naître. Nos pères ne connaissaient que l’égoïsme.
L’égoïsme est un amour passionné et exagéré de soi-même, qui porte l’homme à ne rien rapporter qu’à lui seul et à se préférer à tout.
L’individualisme est un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même.
L’égoïsme naît d’un instinct aveugle ; l’individualisme procède d’un jugement erroné plutôt que d’un senti¬ment dépravé. Il prend sa source dans les défauts de l’esprit autant que dans les vices du coeur.
[…] L’égoïsme est un vice aussi ancien que le monde. Il n’appartient guère plus à une forme de société qu’à une autre.
L’individualisme est d’origine démocratique, et il menace de se développer à mesure que les conditions s’égalisent.
[…] Chez les peuples aristocratiques, les familles restent pendant des siècles dans le même état, et souvent dans le même lieu. Cela rend, pour ainsi dire, toutes les générations contemporaines. Un homme connaît presque toujours ses aïeux et les respecte ; il croit déjà apercevoir ses arrière-petits-fils, et il les aime. Il se fait volontiers des devoirs envers les uns et les autres, et il lui arrive fréquemment de sacrifier ses jouis¬sances personnelles à ces êtres qui ne sont plus ou qui ne sont pas encore. Les institutions aristocratiques ont, de plus, pour effet de lier étroitement chaque homme à plusieurs de ses concitoyens. Les classes étant fort distinctes et immobiles dans le sein d’un peuple aristocratique, chacune d’elles devient pour celui qui en fait partie une sorte de petite patrie, plus visible et plus chère que la grande.
[…] Chez les peuples démocratiques, de nouvelles familles sortent sans cesse du néant, d’autres y retom¬bent sans cesse, et toutes celles qui demeurent changent de face ; la trame des temps se rompt à tout moment, et le vestige des générations s’efface. On oublie aisément ceux qui vous ont précédé, et l’on n’a aucune idée de ceux qui vous suivront. Les plus proches seuls intéressent.
Chaque classe venant à se rapprocher des autres et à s’y mêler, ses membres deviennent indifférents et comme étrangers entre eux. L’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part.
À mesure que les conditions s’égalisent, il se rencontre un plus grand nombre d’individus qui, n’étant plus assez riches ni assez puissants pour exercer une grande influence sur le sort de leurs semblables, ont acquis cependant ou ont conservé assez de lumières et de biens pour pouvoir se suffire à eux-mêmes. Ceux-là ne doivent rien à personne, ils n’attendent pour ainsi dire rien de personne ; ils s’habituent à se considérer toujours isolément, et ils se figurent volontiers que leur destinée tout entière est entre leurs mains.
Ainsi, non seulement la démocratie fait oublier à chaque homme ses aïeux, mais elle lui cache ses descen¬dants et le sépare de ses contemporains; elle le ramène sans cesse vers lui seul et menace de le renfermer enfin tout entier dans la solitude de son propre cœur.

Tocqueville (Alexis de), De la démocratie en Amérique (1840), t. II, ch. II, « De l’individualisme dans les pays démocratiques ».

La privatisation du domaine public
Plusieurs choses considérées comme des biens publics doivent cette particularité au fait que l’État a empêché ou n’a pas favorisé la création de droits de propriété privée. Souvent, le domaine public (routes, rues, places publiques, pureté de l’air) n’est public que parce qu’il a été étatisé. Sa privatisation réglerait la plupart des problèmes qu’il engendre et qui, paradoxalement, sont présentés comme une jus-tification de l’in¬tervention étatique.
En l’absence de l’État, les routes nationales et les autoroutes, qui ne correspondent pas à la définition tech¬nique d’un bien public (non-rivalité et la non-excluabilité), seraient privées et financées par des péages. Plusieurs méthodes de perception sont concevables, de la guérite usuelle à un abonnement périodique en passant par des émetteurs télémétriques fournis aux abonnés et qui enregistreraient automatiquement leurs passages pour facturation périodique. Quand un élément de bien public est présent, des associations ou des mécènes ou un autre des mécanismes explorés ci-dessus prendraient la relève.
Les rues et les places publiques se prêtent à des formules diverses de production privée sur le marché. Le constructeur d’un développement immobilier pourrait construire des rues et les vendre en copropriété avec les propriétés riveraines. L’acheteur d’une maison paierait un loyer périodique pour l’usage de la rue, qui serait prévu au contrat d’achat exactement comme les parties à une copropriété financent actuellement les services communs. Les copropriétaires de la rue l’administreraient selon la formule et les conditions prévues au contrat.
Certaines rues pourraient aussi appartenir à un propriétaire non-résident qui en louerait l’usage aux rive¬rains (ou à tout autre locataire intéressé et acceptable).

Lemieux (Pierre), L’Anarcho-capitalisme (1988), extrait du ch. II, « La production privée des biens publics ».

Friday 10 April

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